Pendant les mois qui ont suivi la mort de ma mère, j’ai beaucoup réfléchi à tout ce qui s’était passé. J’avais alors développé une véritable phobie des hôpitaux. Je considérais que le système de santé avait contribué à me faire perdre l’une des personnes que j’aimais le plus au monde, et j’entendais bien faire tout mon possible pour que cela n’arrive pas à d’autres. Ce que j’avais vécu m’avais permis d’apprécier pleinement - et beaucoup plus que je ne l’aurais souhaité -, à quel point la médecine moderne s’était « knockisée » :
J’ai alors milité activement pour faire connaître la psychosomatique. Auprès de mes proches, d’abord, mais également auprès du grand public. Cela a été une période très riche en expériences, où j’ai eu l’occasion de rencontrer aussi bien des personnes qui ont survécu à des cancers que des médecins appartenant à l’institution ou des thérapeutes pratiquant des médecines alternatives.
Cela a achevé de me convaincre que l’approche matérialiste de la médecine actuelle était défaillante et que dès le moment où l’on acceptait de remplacer le mot « hasard » si présent dans le vocabulaire scientifique actuel par le mot esprit, tout rentrait à sa place…
C’est dans cet esprit que j’ai monté, avec l’un de mes meilleurs amis, la maison d’édition Edysseus, qui a publié la Vérité sur le cancer. Nous avions très peu de moyens, mais nous étions portés par une grande ferveur, car nous avions le sentiment de défendre une cause importante.
La théorie psychosomatique avait pour avantage d’expliquer de façon logique comment apparaissent les maladies, et j’ai senti que c’était une bonne base de laquelle partir pour construire un modèle d’interprétation plus large, mais beaucoup de choses restaient inexpliquées. Par exemple, comment des bébés qui n’avaient apparemment vécu aucun traumatisme psychologique pouvaient-ils développer des cancers ? Et comment expliquer l’existence des maladies génétiques ?
C’est pourquoi, à partir de la psychosomatique, je suis remonté à la psychogénéalogie, discipline qui s’intéresse à la transmission des vécus psychologiques par la biologie.
Une psychologue française, Anne Ancelin Schützenberger, a fait des travaux très complets sur la question. Elle a posé les bases d’une théorie qui explique que les complexes psychologiques inconscients se transmettent d’une génération à l’autre, jusqu’à qu’il se présente un individu capable de les résoudre. C’est ce qui explique que, au-delà de l’aspect personnel, chaque individu est porteur des conflits psychologiques propres à son clan familial.
Cette approche a aussi l’avantage d’expliquer de façon fine un certains nombres d’aberrations qui ne sont pas élucidées par la théorie génétique matérialiste. On a cru pendant longtemps, en effet, que les gènes pouvaient déterminer la totalité des caractéristiques physiques et psychiques d’un individu. Or, il y a toujours eu un certain nombre de phénomènes qui sont venus contredire cette vision déterministe : le fait, par exemple, que le génotype de deux jumeaux éduqués dans des familles différentes peut se modifier dans le temps démontre bien que la relation entre les gènes et l’esprit est, en réalité, de nature dialectique.
Les biologistes matérialistes expliquent tous ces phénomènes par des mutations génétiques spontanées dues à l’exposition de l’organisme à des rayonnements présents dans l’environnement, mais c’est un pis-aller intellectuel. Dans son ouvrage Aïe mes aïeux !, Anne Ancelin Schützenberger cite d’une famille où les parents engendrent, toutes les deux générations, des enfants atteints de la maladie bleue, qui est une affection cardiaque avec risque de transmission héréditaire. Cette famille a adopté un enfant indien, qui a, à son tour, développé la même maladie.
Il me semble, là encore, beaucoup plus logique d’admettre que la génétique n’est, en réalité, qu’un système de traduction d’une information qui n’est pas contenue en propre dans les gènes, mais qu’il s’insère dans une équation globale où intervient, notamment, le milieu, le psychisme individuel et le contenu dit transgénérationnel.
La seule chose qui me semblait manquer à ces modèles, c’est qu’ils n’expliquaient pas, à mon sens, de façon satisfaisante ce qu’est l’esprit. Ils admettaient l’existence de champs énergétiques contenant l’information, le corps énergétique étant à peu près au cerveau ce que l’onde électromagnétique est à l’écran de télévision, mais elles n’expliquaient pas ce qui en advenait, par exemple, après la mort de l’individu.
De ce point de vue, il y a un nombre croissant de médecins qui comprennent et acceptent la réalité de la psychosomatique, et ils donnent un petit aperçu de la force d’une approche où il n’existera plus de distinction nette entre médecine et psychologie. Cependant, beaucoup d’entre eux sont très indécis concernant la question de la vie après la mort. Mais il faut être cohérent : accepter que le corps et l’esprit soient un permet de redonner un sens à la maladie, et cela résout beaucoup des absurdités entraînées par une conception purement matérialiste. Néanmoins, ce gain de sens reste finalement nul si l’on admet pas également qu’il existe, aussi, une vie après la mort.
Il est intéressant de voir que, là encore, la discipline où l’on retrouve le plus de preuves sur la question est, là encore, la médecine. C’est, en effet, dans le milieu hospitalier que se déroulent l’essentiel des expériences de mort approchée, et ce sont deux médecins (Elizabeth Kubler-Ross et Raymond Moody) qui ont été, sur le plan expérimental, des pionniers de la recherche sur la vie après la mort.
Les expériences de mort approchées sont un phénomène encore mal reconnu aujourd’hui, mais, en occident, elles concernent une part importante de la population : près de 3 millions de personnes en France selon un chiffre que j’ai entendu dans un reportage récent sur la question, soit non loin de 5% de la population, et plus de 7 % aux Etats-Unis.
Tout comme dans le cas de la psychosomatique, il existe tout un débat autour de ces expériences pour savoir si elles sont réelles où s’il s’agit d’hallucinations. Cependant, tout comme dans le cas de la psychosomatique, il existe un certain nombre de cas qui ne peuvent pas être interprétés sous un angle matérialiste. J’en citerais deux ici.
Le premier concerne Pam Reynolds. Il s’agit d’une chanteuse qui a, en 1991, fait une expérience de mort approchée. Comme dans la plupart des expériences de ce type, elle a d’abord flotté hors de son corps et pu, par la suite, répéter des phrases que les médecins ont échangées pendant l’opération. Puis, dans une seconde phase, elle a vécu le passage par le tunnel, est entrée dans la lumière et a retrouvé des proches décédés. Cependant, son cas est exceptionnel, car contrairement à n’importe quel patient ayant subi une anesthésie générale classique, son activité cérébrale pendant tout la durée de l’opération était inexistante.
La nature de sa maladie, en effet, a nécessité qu’elle soit opérée dans le cadre d’une technique médicale expérimentale dite « standstill », où le corps du patient est refroidi à basse température et où l’activité cérébrale est nulle. Or, comment aurait-elle pu entendre ce que l’équipe médicale disait si vraiment c’est le cerveau qui était le siège de la conscience ?
Le deuxième exemple concerne les expériences de mort approchées faites par des aveugles de naissance. Plus d’une trentaine de personnes dans ce cas ont été interviewées par deux médecins, qui ont publié un compte-rendu de leurs travaux. La conclusion est que, là encore, la conscience peut exister indépendamment du corps (voir Mindsight: Near-Death and Out-of-Body Experiences in the Blind par Kenneth Ring et Sharon Cooper, Institute of Transpersonal Psychology, 1999.)
Lors des recherches que j’ai menées à cette époque, j’ai d’ailleurs eu droit à une belle leçon d’humilité, car à chaque fois que je pensais avoir trouvé une contradiction, un élément inexpliqué qui aurait pu justifier une refonte théorique, je réalisais qu’il y avait toujours des théories plus complètes et plus profondes sur la question. Cela m’a assez durement refroidi dans le sentiment que je pouvais avoir d’être missionné pour élaborer un modèle théorique complet, car je me suis rendu compte que même si on en parlait très peu dans notre société, il y avait finalement beaucoup de gens qui avaient vécu des initiations spirituelles, étaient sorti de leur corps, avaient guéri de maladies prétendues incurables, etc., et que des chercheurs avaient, de leur côté, déjà élaboré des systèmes d’interprétation avancés pour en rendre compte (J’ai déjà cité ici Richard Sünder, auteur du modèle géométrique de l’Arithmétique thermodynamique, qui est un modèle de ce type, mais on peut également citer, pour la France, les travaux de Jacqueline Bousquet, chercheuse au CNRS, qui intègrent aussi bien les éléments issus du décodage biologique que les N.D.E.).
Le terme d’obscurantisme, de ce point de vue, est très ambigu : utilisé par la science pour répondre aux critiques qu’on lui a adressé, il visait une certaine forme de censure de la liberté de recherche. Toutefois, si l’obscurité était effectivement du côté du discours religieux il y a quelques siècles, elle s’est déplacée aujourd’hui au sein de la science institutionnelle, qui obscurcit à son tour une partie des phénomènes qu’elle est censée mettre en lumière, engendrant ainsi ses propres limitations. Au sens strict du terme, elle est elle aussi devenue un obscurantisme. Implicitement, elle se place ainsi dans une position où la seule alternative possible est entre une croyance réconfortante mais totalement illusoire, et une connaissance objective mais désespérante.
Or, non seulement cette dichotomie est absurde, mais elle a aussi pour conséquence que de bloquer l’esprit à l’intérieur d’un espace tronqué. Depuis un peu plus d’un siècle, en effet, la science institutionnelle et la religion institutionnelle ont stabilisé leurs rapports en s’arrogeant chacune une fonction précise. A la science est revenue la charge du « savoir », et à la religion est revenue celle de la « foi ». Elle a, pour chacun de ces discours, une grande utilité pratique, qui est de valider implicitement la séparation entre une physique qui ne se mêle que de physique et une métaphysique incapable de se constituer en science. En identifiant la spiritualité à l’irrationnel, ce qu’on sous-entend véritablement est qu’elle est dans l’incapacité d’apporter la moindre preuve empirique à ses assertions. De façon indirecte, le cercle formé par la collusion du scientisme et de la religion arrive ainsi à altérer la notion même de preuve expérimentale.
Pourtant, la spiritualité possède en réalité une vaste partie expérimentale, formalisée notamment par les différentes branches de la tradition mystique, l’ésotérisme, l’alchimie ou la théosophie, pour ne citer que ces disciplines. Loin d’être « marée de vase noire », pour reprendre l’expression de Freud a utilisé pour les qualifier, ces champs de recherche peuvent globalement être considérés comme le produit de ce qui se passe lorsque la pensée a affaire à l’objet sur la base d’une épistémologie élargie. C’est ainsi, à l’image de Jung, qu’un certain nombre d’esprits audacieux et convaincus que l’univers était moins opaque que l’on voulait bien le croire ont péniblement essayé de se frayer un chemin au sein de cette zone de démarcation, en prouvant qu’à condition de réajuster la notion même de vérification empirique, on pouvait aboutir à une science totalement différente, qui intègre pleinement comme connaissance ce que nous considérons aujourd’hui encore comme métaphysique.
Ce qui frappe, dans cette pièce écrite par Jules Romains en 1923, à une époque où n’existaient ni la Sécurité sociale, ni les journaux de vulgarisation médicale, ni la télévision, ni les émissions médicales qui ont avantageusement relayé l’instituteur Bernard dans " l’enseignement de l’hygiène et l’œuvre de propagande dans les familles ", c’est son aspect prophétique, bien que la prophétie théâtrale soit loin en deçà de la réalité actuelle. Knock lui-même n’aurait pas imaginé, en 1923 ni même en 1945, la création de la Sécurité sociale, institution fondée pour permettre à tous l’accès aux soins de la médecine et qui assure la prospérité des cabinets médicaux et de l’industrie médico-pharmaceutique plus sûrement que la santé des malades. […] La prodigieuse vulgarisation de la " connaissance médicale " fait qu’en l’an 2000 les profanes parlent couramment de décharge d’adrénaline, d’héritage génétique, d’ADN, de chromosomes, de bactéries, de virus, de dépression et de stress. Ces termes et bien d’autres sont entrés dans leur vocabulaire de manière aussi courante qu’automobile, ordinateur et pissenlit. Knock n’aurait sûrement pas imaginé que le déficit de cette Sécurité sociale française serait de 7,5 milliards en 1986 et progresserait à non loin de 40 en 1997 [...]
Mais à comparer ces chiffres avec ceux des années vingt et même quarante, qui témoignent que, si l’on n’a pas encore osé mettre " toute la population d’un canton " au lit, on a tout de même médicalisé la quasi-totalité des populations des pays développés, y compris des hommes bien portants — qui ont tous consulté un jour ou l’autre —, il se rendrait compte qu’on est bien passé, en soixante-dix-sept ans, de la préhistoire de la médecine à l’âge véritablement médical. »
Richard Sünder, Médecine du mal, médecine des mots, introduction, Editions Quintessence, 2002.