Introduction
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21

CHAPITRE XIII :

L'ANGE

 

L'Ange intérieur

Quand je dis cela, je l’entends au sens strict. On me demandera alors ce que j’entends pas « cœur ». Voici, en guise de réponse, une courte histoire, qui vient compléter ce que j’ai déjà dit de la prière : de juin 1943 à novembre 1944, alors que l’Hongrie est envahie par les nazis et que ces derniers mettent en place la solution finale, quatre jeunes hongrois se réunissent régulièrement pour discuter de la situation. Or, dans l’intensité de ces instants désespérés, un phénomène incroyable se produit : une force s’empare d’eux et des mots jaillissent, portés par une inspiration surnaturelle. Des dialogues entiers se construisent ainsi, portant sur Dieu, la vie, la mort, le sens de l’existence humaine…

Un livre restituant ces échanges est publié après-guerre par Gitta Mallasz, qui est l’une des animatrices de ces réunions. Il s’appelle Dialogues avec l’Ange.

Que s’est-il passé pendant ces rencontres ? Gitta Mallasz explique que ni elle ni aucun de ses amis n’avait reçu d’éducation religieuse, mais que dans cette situation bien particulière, les barrières mentales et sociales qui entravent habituellement l’expression directe de l’âme sont tombées, laissant libre court à ce qu’elle appelle le « Maître intérieur ».

Je ne peux que conseiller la lecture de ce livre, qui n’est en rien un enseignement religieux, mais qui incite de façon simple et inspirée à l’éveil spirituel personnel. Toutefois, je le cite surtout parce que cela me semble être une bonne illustration de ce qu’est le cœur.

Il y a des situations dans l’existence où, pour ainsi dire, nous « sortons de nous-mêmes ». Ou toutes les peurs qui nous limitent habituellement sont balayées, où nous nous sentons pleinement vivants, et où il se révèle, en nous, quelque chose de grand. Une voix intérieure qui nous inspire et nous conduit à accomplir des actes mémorables. J’ai parlé de la façon dont elle se manifeste dans la prière, mais elle peut être canalisée de plusieurs autres façons.

De quelle source provient au juste cette force ? Voici ce qu’en dit Erasme, le père de l’humanisme, dans son ouvrage Eloge de la folie :

Tout d’abord, les chrétiens ont une doctrine commune avec les Platoniciens : c’est que l’esprit, enveloppé et garrotté dans les liens du corps ; et alourdi par la matière, ne peut guère contempler la vérité telle qu’elle est, ni en jouir ; aussi définit-on la philosophie une méditation de la mort, parce qu’elle détache l’âme des choses visibles et corporelles, ce qui est également l’œuvre de la mort. C’est pourquoi, aussi longtemps que l’âme utilise normalement les organes du corps, on la dit saine ; mais lorsque, rompant ses liens, elle s’efforce de s’affranchir et songe à fuir sa prison, on appelle cela folie. Si l’effort coïncide avec une maladie ou un défaut organique, il n’y a plus aucune hésitation. Pourtant voyons-nous de tels hommes prédire l’avenir, connaître les langues et la littérature, qu’auparavant ils n’avaient jamais apprises, et manifester en eux quelque chose de divin. Nul doute que leur âme, purifiée en partie du contact du corps, ne commence à développer son énergie native. La même cause, je pense, agit sur les agonisants, qui révèlent des facultés semblables et parlent parfois comme des prophètes inspirés.

Erasme, Eloge de la folie, GF-Flammarion, pp. 90-91.

Nous avons été conditionnés à garder toujours une emprise sur nous-mêmes et à étouffer notre « part divine ». Pourtant, celle-ci est en permanence présente en nous. C’est l’âme. Son existence ne peut être prouvée, mais dans les moments importants, nous pouvons la sentir en nous.