Introduction
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21

CHAPITRE XvIII :

Le diable amoureux

 

Une cohabitation quotidienne

Une nouvelle période s’est alors ouverte, car à partir de ce jour, j’ai commencé à faire l’expérience de ces énergies noires au quotidien. Toute cette phase m’avait été annoncée par un rêve où je voyais une tornade de ténèbres approcher de moi, et il fallait que je l’absorbe en totalité. J’étais atterré, et je criais : « c’est trop, je ne pourrais jamais ! » Mais, à côté de moi, il y avait une présence rassurante qui me disait que j’allais y parvenir.

Et, de fait, des cauchemars effroyables ont commencé à occuper mes nuits. Ils me montraient l’humanité asservie. Mes proches y apparaissaient contrôlés par une force qui leur ôtait toute liberté d’action et les humiliait. Je m’y voyais enfermé dans le cerveau d’un enfant malade et cruel, poursuivi, torturé, et ainsi de suite. Ce n’est même pas le contenu de mes rêves qui était pénible, mais le fait que je sentais s’abattre sur moi une énergie extrêmement lourde et négative.

Et pourtant, j’exultais. Car, au lieu de m’affaiblir, toute cette noirceur m’a – littéralement -, nourri. J’émergeais en plein milieu de la nuit de rêves terrifiants, entourés par une atmosphère de peur et d’angoisse, et pourtant, j’éclatais de rire. Le processus était, à peu de choses, toujours le même : j’étais poussé dans mes derniers retranchements, et au moment où je touchais le fond, il se produisait une sorte de basculement énergétique, et la noirceur se transformait en amour. Il se produisait à petite échelle ce que j’avais ressenti lors de ce premier contact.

C’est comme si je faisais une sorte de yo-yo entre des énergies très basses et très élevées : à certain moment, je sentais ressortir un désespoir intense, un sentiment de culpabilité, et de peur. Et puis ensuite, venaient les qualités contraires : l’espoir, la joie, l’acceptation de soi. J’apprenais à transformer ces énergies de plus en plus rapidement.

Une nouvelle façon de voir les choses

J’ai été intéressé de voir que ce qui m’arrivait correspondait de façon étonnante à une histoire de la bande dessinée The Invisibles, de Grant Morrison. The Invisibles est une œuvre complexe, qui raconte la lutte menée par une cellule de l’organisation appelée le Collège des Invisibles pour libérer l’humanité de l’asservissement. Il y est question, entre autres choses, de théorie du complot, de mythe, de magie, de gnose, d’ésotérisme et de voyage dans le temps…

Dans l’un des épisodes, l’un de membre du groupe des Invisibles se trouve au sein d’une étrange résidence, où le marquis de Sade, qui a été ramené du 18ème siècle au 21ème dans le but d’introduire un élément inattendu dans une phase critique de l’évolution de l’humanité, présente les expériences qu’il a imaginées afin d’ouvrir des voies nouvelles.

A un moment, on voit une jeune fille prostrée, un casque sur la tête, en train de pleurer. Sade explique alors que cette jeune fille voit son psychisme alimenté par les pires images de destruction et de torture tirées de l’histoire de l’humanité.

Cette idée révolte profondément sa visiteuse, mais il lui explique que c’est elle qui a choisi de vivre cette traversée. Par la suite, ayant l’occasion de discuter avec elle, elle a la surprise d’apprendre que cette expérience lui a apporté une profonde paix intérieure, et lui a permis de guérir d’une maladie grave.

Avec le recul, j’ai aujourd’hui l’impression de comprendre très exactement ce qu’elle ressent. Quand je suis passé par une phase semblable, je sentais que ces énergies contraires fusionnaient pour révéler leur source, qui était une énergie pure, neutre et non polarisée.

Ma pratique de la prière a elle-même commencé à changer. Au lieu d’appeler des énergies lumineuses, j’ai commencé à pratiquer des prières où je recevais des énergies noires. Je leur rendais hommage pour le rôle qu’elle jouait dans notre vie, et elles se transformaient en amour par le fait même de cette acceptation. Mais la condition était que cette dernière devait être sans retour, c’est-à-dire libérée de toute volonté de transformer la noirceur en autre chose qu’elle-même. Elle demandait avant tout à être aimée telle qu’elle était, et paradoxalement, c’est cela qui la transfigurait. Elle devenait alors une énergie unifiée, qui était à la fois Dieu et Diable. L’un et l’autre se confondaient d’ailleurs dans mes prières, car en dernière analyse, tout comme Dieu est une force active à la source de notre être, les ténèbres auxquelles je m’adressais était d’abord les miennes propres, et provenaient elle aussi de la même source.

C’était comme s’il fallait que je maîtrise ce processus en mariant la noirceur à la lumière. Et la clé était l’amour. Cela m’a amené à dire une série de oui fondamentaux : oui à la guerre ; oui à tous ses patients qui mourraient dans les hôpitaux, tués parce ce qu’on refusait de voir qu’ils étaient aussi bien corps qu’esprit ; oui à notre dégradation, à la façon dont nous avons détruit la nature, et dont nous nous sommes détruits nous-mêmes ; oui à la souffrance intérieure ; oui à l’oubli ; oui à la peur…