Introduction
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21

CHAPITRE IXX :

La fin de la dualité

 

Le besoin de dualité

En cela, je rends hommage à la peur de la mort. C’est cette peur qui a donné une telle force à l’expérience de l’incarnation, et la forme qu’elle a prise à notre époque a permis à notre conscience d’atteindre un degré de profondeur proprement déchirant.

D’ailleurs, quand les différentes initiations par lesquels je suis passé ont fini par se sédimenter en moi, il y a eu un moment où j’ai complètement cessé de voir dans la mort une fin définitive. Je ne ressentais plus le Néant.

Or, ce vide m’a manqué. J’ai alors réalisé que le moment où le réel m’était apparu avec le plus de relief était celui où j’ai basculé du matérialisme à la pleine conscience de l’esprit. Et que, par la suite, au fur et à mesure que cette conscience spirituelle s’est développée, j’ai en partie perdu cette intensité de perception, qui n’existe que dans cet équilibre sur la corde raide, où l’on réalise que le fin mot de l’univers n’est pas le manque et la souffrance, mais l’amour.

S’en est suivi une période où je voulais retrouver ce moment où le tragique se transforme en joie, et pour cela, je cherchais à me plonger à nouveau dans la dualité pour ressentir le Néant. Ce paradoxe, malgré son apparente perversité, était ma façon de dire merci à la vie pour l’opportunité qu’elle nous avait offerte ici-bas en nous permettant de percevoir l’éternité de l’amour depuis la finitude de notre condition. C’était, pour moi, une manière d’accepter pleinement ce que nous vivons, d’approuver la grandeur de la réalité déchirée que nous avons créée.

Nouveaux mariages intérieurs

Cette expérience d’union entre la lumière et les ténèbres n’a été que le début d’un processus qui s’est ensuite étendu à de nombreuses autres divisions. Mon être, en effet, restait morcelé à de nombreux égards. Par exemple, j’étais profondément heureux d’être sur ce chemin, et j’attendais avec impatience de voir vers quoi il allait m’emmener, mais à travers cette impatience, j’exprimais un mépris de ce que j’avais été.

Or, cela revenait à entretenir, de façon subtile, une autre forme de division en moi. C’est pourquoi, je me suis mis à prier pour arriver à accepter le passé, le présent et le futur comme étant une seule et même chose. Et, afin de résorber toute la suite des expériences que j’avais vécu de façon à ce qu’elles forment une seule et unique expérience se déployant depuis un éternel présent, je visualisais des versions de moi-même passées en train de se donner la main et formant une ronde. Et, à la fin, nous avons fusionnés pour n’être plus qu’Un…

A travers ce travail d’unification de soi, j’ai aussi eu à réintégrer toutes sortes de mémoires passées. J’ai été aidé en cela par une amie thérapeute pratiquant la médecine énergétique, qui m’a fait prendre conscience qu’il existait, dans chacun d’entre nous, un corps d’énergie qui enregistrait chacune de nos expériences, chacune de nos pensées et de nos intentions. Et que, dans la mesure où ce corps énergétique était connecté à l’ensemble des autres projections du « Moi supérieur » dans l’espace-temps, c’est sur lui qu’il fallait agir pour rééquilibre l’ensemble.

C’est ainsi que j’ai pu apprendre un certain nombre de choses intéressantes sur les programmes que j’avais hérité aussi bien de mes ancêtres que de ces « egos alternatifs ».
Cela m’a fait réaliser à quel point l’interdépendance allait loin, et à quel point elle était quelque chose d’à la fois très simple et très complexe.

L'interdépendance

La principale leçon que j’en ai tirée est que si l’on essaie d’envisage les choses hors du temps, c’est-à-dire de façon non séquentielle, chacun d’entre nous cesse d’apparaître comme un individu pour apparaître comme un complexe d’êtres solidaires disséminés dans la Création sous les formes les plus diverses, ce qui inclut aussi bien les êtres intelligents que les végétaux ou les minéraux. Et que chacun action d’un des membres de la chaîne a des conséquences sur tout le reste du réseau qu’il forme. Or, ces réseaux sont eux-mêmes connectés à d’autres, notamment ceux formés par nos parents, dont nous héritons un certain nombre de programmes psychobiologiques…

Ce qui veut dire que lorsqu’on commence à prendre conscience de ces connexions et à agir sur elles, on prend en charge non seulement son propre vécu tel qu’il nous apparaît dans la petite fenêtre spatio-temporelle où se déroule notre existence sur Terre, mais encore toute la mémoire de nos ancêtres, et encore au-delà, chaque aspect de notre être global tel qu’il est disséminé dans la Création.

Mais ce travail, qui pourrait être d’une complexité impossible à maîtriser, et en même temps très simple, car l’univers est traversé d’une intelligence qui se manifeste dans ses parties les plus infimes, et il réagit à chacune de nos intentions. C’est pourquoi la seule chose qu’il nous faut réellement faire est simplement de… demander.

Nous ne réalisons pas, en cela, à quel point nous sommes dirigés non seulement par notre passé, mais par une chaîne extrêmement complexe de déterminations qui nous modèle à chaque instant. Mais nous ne réalisons pas non plus que ces déterminations, dont l’archéologie nous ramène trop souvent au conflit, à la souffrance et à la maladie, peuvent être réécrites depuis le présent.

L’un des thèmes centraux qui est ressorti me concernant est la séparation entre amour de soi et amour d’autrui. Pendant longtemps, en effet, j’ai fait partie des gens qui vivent dans un esprit de sacrifice, et il m’a fallu du temps pour commencer à comprendre que l’amour de soi est le véritable fondement de l’amour des autres.

Un autre schisme qui m’a longtemps fait souffrir à été celui entre le mental et l’affectif. Dans la culture occidentale, la raison est très largement valorisée au profit du cœur, et du fait de mes études, j’ai surdéveloppé mon intellect en bridant complètement la vie et mon intelligence émotionnelle. Après avoir vécu tout ce cheminement mystique, j’ai connu un grand « retour au cœur », mais pour autant, cela a été difficile d’arriver à concilier réellement ces deux pôles de ma vie intérieure. Ce n’est que tout récemment que j’ai compris que j’avais trop négligé cet aspect.

Se guérir pour guérir le Monde

Je ne continuerais pas la liste des mariages possibles entre couples d’opposés, car ils sont aussi nombreux que personnels à chacun. Mais mon lecteur comprendra ici que je veux mettre en lumière la vérité suivante : nous vivons dans un univers polarisé et nous sommes nous-mêmes des êtres polarisées, et donc, déchirés. Cette déchirure est la source de toutes nos souffrances, et du « mal » tel que nous l’expérimentons. Et c’est pour cette raison précise que l’existence nous précipite sans cesse devant de nouvelles épreuves : l’univers nous pousse ainsi à nous libérer de nos peurs, pour gagner toujours plus en compréhension et en ouverture. Il nous ramène toujours au conflit non pour nous faire souffrir, mais parce que se dessaisir du conflit est la seule façon de mettre fin à la souffrance, en élargissant constamment le champ de la conscience par l’absorption de tout le contenu inconscient.

Toutefois, on voit bien que dans cette logique, le fait de vivre dans le monde externe les conflits que nous contenons en nous n’est finalement qu’un moyen palliatif de nous amener à la prise de conscience. Il ne s’agit pas de la voie la plus simple et la plus directe, qui consiste à repérer le déni avant qu’il ne se manifeste dans notre extériorité. En faisant l’effort de revenir sur nous-mêmes et d’aimer toutes les parties de notre être que nous avons laissé à l’abandon, nous pourrions nous éviter une quantité considérable de déboires.