Il est certain que ce jeu entre le monde interne et externe est très difficile à réaliser pour nous, parce que nous sommes tellement hantés par une certaine définition de la perfection que nous rejetons jusqu’à la simple possibilité d’une paix réelle pour l’homme. Nous avons tendance à croire que si la perfection existait, elle se traduirait par le fait que notre nature serait différente de ce qu’elle est. Et que, plus précisément, nous devrions être constamment dans une sorte d’extase permanente, sans la moindre possibilité de chuter. Et nous en arrivons ainsi à nous détester nous-mêmes, justement parce que nous sommes des êtres divisés, défaillants, faibles, impuissants à aimer comme nous le devrions.
Nous oublions ainsi que l’amour n’est pas quelque chose qui doit être obtenu, mais quelque chose qui est, à chaque instant, et que toutes les formes de négation de l’amour sont encore de l’amour, ce qui veut dire que le plein amour passe par une acceptation sans condition de ce que nous sommes :
Ce qui se joue dans cette union est quelque chose de fondamental. Pendant longtemps, j’ai joué intellectuellement, « en philosophe », avec le concept de l’Un. Mais il ne suffit pas d’affirmer intellectuellement que nous sommes Un, si nous continuons à vivre, en pratique, dans un schisme : il faut aussi faire un travail pour marier, en soi, les contraires. Certes, l’Un qui se dévoile dans ce travail a toujours été là, mais cela ne dispense pas de cette veille intérieure constante. "
Nous arrivons à un moment où celles et ceux qui s’accrochent à une vision unilatérale de la réalité ultime, je veux dire d’un « paradis » exaltant exclusivement l’harmonie, la paix, la beauté…, crispent leurs corps. C’est comme s’ils se condamnaient eux-mêmes à se dessécher sur pied par excès de pureté, d’amour, d’harmonie. N’atteignons-nous pas l’ultime paradoxe démontrant que toute qualité « noble » qui ignore, repousse, éloigne, dissout son reflet opposé s’étiole au lieu de s’épanouir ? Nous pourrions dire de façon terrestre que le mal qui nous a appris à haïr le mal a atteint son but ultime. Il est parvenu à faire de certains d’entre nous des unijambistes qui se sont coupés l’autre jambe jugée vile. Aussi belle, puissante ou fleurie soit la jambe valide et validée, il n’en reste pas moins qu’elle est unique et qu’ils ont besoin d’un subterfuge pour marcher sur les deux jambes. (…)
J’invite les travailleurs de lumière et d’amour à sonder les implications de leur état d’unijambiste. Puissent-ils alors recréer leur deuxième jambe nécessaire pour entamer l’unification. En épousant dans leur corps la lumière et les ténèbres, l’amour et la peur, ils trouveront les saveurs de la félicité à laquelle ils aspirent tant. (…)
Si ces épousailles s’opèrent d’abord en pensée, elles se poursuivent ensuite par une fusion des forces associées aux qualités opposées. C’est bien cette union énergétique qui est le nectar de cette époque, le « carburant » de notre transformation radicale.
Cahiers de la Terre Nouvelle, Roger Delogne (texte en ligne)