Au commencement, nous étions Un.
Dans la matrice originelle, nous formions une intelligence absolue et parfaite, le Plérome. L’univers entier était contenu dans notre musique, et nous pouvions tout accomplir, car il n’y avait rien en dehors de nous.
Notre plus grande joie consistait à créer des mondes et à nous projeter en eux pour explorer l’infini de notre être. Le Plérome ne cessait ainsi de grandir au gré de notre songe collectif, comme un jeu déployé à l’échelle cosmique.
Toutefois, alors que nous inventions des scénarios sans cesse plus audacieux, il s’est produit une crise, et nous avons perdu le contrôle de nos créations. Nous avons commencé à rêver des univers de matière, dans lesquels nous nous sommes enfoncés de plus en plus profondément, jusqu’à oublier notre identité véritable. C’est ainsi que sont nés les antimondes phénoménaux, prisons destinées à nous garder dans la tristesse et dans l’amnésie.
Le réseau de ces antimondes forme le Dédale. En son sein, la mort, la souffrance et le néant, qui sont des aberrations, ont fini par dominer totalement notre conscience, nous privant de notre innocence.
Depuis l’espace des rêves purs, de multiples tentatives ont été menées pour faire tomber les murs du Dédale. L’univers tel que nous le connaissons n’est qu’une manifestation de cette lutte, qui a désormais entièrement contaminé le récit universel.
Ce qui a le pouvoir d’éteindre la Création n’est pas la mort de la matière, mais la mort du Rêve. La vraie guerre se déroule dans le royaume intérieur de l’homme.